Europe

Les Plans de paix et le refus Israelien

Tuesday, December 16, 2008   

Depuis les années quatre-vingt-dix s'est développée en Israël une stratégie que l'on pourrait appeler la stratégie des processus. Un processus consiste en l'ouverture de négociations de paix lesquelles sont destinées moins à aboutir à la paix qu'à se développer jusqu'à l'échec attendu, échec dont la responsabilité doit apparaître comme étant celle des Palestiniens. C'est cette stratégie que l'on retrouve avec les Accords d'Oslo, la Feuille de Route et plus récemment la conférence d'Annapolis.

L'objectif de cette stratégie est simple, la seule paix acceptable par Israël est l'acceptation de ses diktats par les Palestiniens, ce qui implique que la plus grande partie du territoire palestinien soit non seulement sous contrôle israélien mais aussi débarrassée de ses habitants palestiniens, objectif ancien que l'on peut faire remonter au Congrès sioniste de 1903 lorsque fut décidé que l'Etat juif serait créé en Palestine. Depuis, la stratégie sioniste puis israélienne s'est définie autour de cet objectif. Pour Ben Gourion, le plan de partage de 1947 n'était qu'une étape imposée par la conjoncture, la victoire israélienne de 1949 marque une nouvelle étape, la ligne d'armistice, dite la ligne verte, correspondant à un accroissement du territoire israélien par rapport au plan de partage, et la victoire de 1967 marque la conquête de l'ensemble du territoire palestinien. Restait cependant un problème, la présence de la population palestinienne, ce qui s'opposait à l'annexion des territoires conquis. Si Israël a annexé Jérusalem-Est, faisant ainsi de la Jérusalem "réunifiée" la capitale éternelle de l'Etat d'Israël, il était difficile d'annexer l'ensemble de la Cisjordanie et de Gaza, moins pour des raisons de droit international que parce qu'une telle annexion, en donnant la nationalité israélienne aux habitants des terres annexées, transformait la démographie de l'Etat d'Israël et mettait en danger son caractère d'Etat juif.

Après la première Intifada et compte tenu de la nécessité pour les Etats-Unis d'avoir le soutien des Etats arabes lors de la première guerre du Golfe, Israël va accepter d'ouvrir des processus de négociations avec les Palestiniens, mais ces processus doivent satisfaire les conditions rappelées ci-dessus.

D'abord la conférence de Madrid où les Palestiniens ne sont acceptés que comme membres de la délégation jordanienne. Ensuite les Accords d'Oslo qui vont apparaître comme la première ouverture vers la paix, mais de quoi s'agit-il ? Loin d'être la reconnaissance de deux Etats, l'israélien et le palestinien, tel que le proposait Arafat au Congrès National Palestinien de 1988 à Alger, les Accords d'Oslo marquaient la reconnaissance de l'Etat d'Israël par les Palestiniens et la reconnaissance de l'OLP comme interlocuteur d'Israël comme le montre la correspondance échangée par Arafat et Rabin à la veille de la mascarade de Washington. En outre ces Accords posaient de nombreuses contraintes pour les Palestiniens tout en laissant libres les Israéliens. Peu après se mettait en place l'Autorité Palestinienne et la division du territoire palestinien (Cisjordanie et Gaza) en trois zones, l'une sous l'autorité de l'AP, la seconde partagée entre Israël et l'AP, la sécurité étant assurée par Israël, la troisième restant sous l'autorité israélienne. La solution définitive devait avoir lieu dans les cinq ans, soit en 1998. On sait ce qu'il en est advenu. Pas seulement l'assassinat de Rabin, mais la progressive remise en cause des Accords jusqu'à la rencontre de Camp David de 2000 qui marquait leur échec. Pour comprendre la situation, il faut prendre en compte le fait que la colonisation continuait, y compris lorsque Rabin était Premier Ministre, il faut aussi prendre en compte le fait que le contrôle économique israélien sur le territoire palestinien a augmenté ce qui a entraîné une dégradation économique des Palestiniens. Enfin ce fut la réunion de Camp David, mal préparée, mais il est vrai que l'objectif était soit d'amener Arafat à accepter les exigences israéliennes, soit de renvoyer la responsabilité d'un échec à Arafat, ce qui fut fait. 

La situation ne pouvait que se tendre, les Palestiniens ne voyant aucune issue à l'occupation. Ce fut la visite de Sharon sur l'Esplanade des Mosquées qui allait déclencher la seconde Intifada, visite préparée avec le soutien de la machine politico-militaire israélienne puisque Sharon était encadré par mille policiers. La conférence de Taba qui a suivi, juste avant les élections israéliennes remportées pas Sharon, n'était qu'une façon de montrer l'impossibilité de discuter avec les Palestiniens.

Pour le gouvernement israélien, les Palestiniens redevenaient l'ennemi à abattre et l'occupation se durcissait. Arafat, enfermé dans la Muqata, était sommé d'arrêter l'Intifada, et l'armée se livrait à la destruction systématique du tissu social palestinien. Pendant ce temps, la colonisation se poursuivait, grignotant de plus en plus de territoire palestinien.

Cela n'empêchait pas la "communauté internationale" de jouer à la paix en inventant un nouveau processus, la Feuille de Route, animée par les Etats-Unis, l'Union Européenne, la Russie et l'ONU, un nouveau processus qui devait aboutir à la mise en place d'un Etat palestinien en 2005. Mais les conditions étaient toujours les mêmes. Les Palestiniens, au nom de la sécurité, devaient mettre fin à la résistance contre l'occupation, proposition insupportable alors que la répression se renforçait. En contrepartie, l'Etat d'Israël devait geler la colonisation, ce qu'il ne fit à aucun moment sachant que les responsables de la Feuille de Route ne lui en tiendraient pas rigueur. Donc rien de neuf, l'occupation continuait et la solution restait un objectif lointain.

C'est dans ce contexte que le Premier Ministre israélien lança une vieille idée, le retrait israélien de Gaza. L'idée est ancienne, Rabin y pensait déjà devant la charge que représentait l'occupation de Gaza. Toute la question était de faire passer ce retrait pour un pas en avant vers la paix, ce que sut faire Sharon. Il savait en outre que les quelques opposants ne seraient que des faire-valoir, ce qui fut le cas, sans oublier l'image internationale des soldats expulsant avec humanité les colons récalcitrants. Mais le bénéfice n'était pas que médiatique. Tant que des colons vivaient à Gaza, il était difficile de casser l'infrastructure, une fois les colons partis, la destruction systématique de Gaza devenait possible.

Gaza est aujourd'hui un territoire encerclé, à l'Est la mer que contrôle les Israéliens, au Nord et à l'Ouest la frontière israélienne, au Sud, la frontière égyptienne aussi fermée que l'israélienne. Israël peut ainsi soumettre Gaza et ses habitants à un siège permanent.

Cela n'empêche pas les comparses de la Feuille de Route de relancer le processus, ainsi fut la conférence d'Annapolis qui décidait que l'Etat de Palestine verrait le jour à la fin de l'année 2008. Un an après, que s'est-il passé ? Le blocus de Gaza continue et en Cisjordanie la colonisation continue.

Mais que serait un Etat palestinien ? La Cisjordanie est découpée en morceaux, d'abord le Mur qui empiète sur le territoire palestinien comme pour mieux marquer ce qui doit revenir à Israël, ensuite les colonies reliées par des routes interdites aux Palestiniens qui séparent des petits morceaux de territoires palestiniens, enfin la vallée du Jourdain qui reste un endroit stratégique pour Israël et d'où les Palestiniens sont peu à peu chassés. Sans oublier la division Cisjordanie-Gaza, liée à la rupture FATAH-HAMAS.

C'est alors que l'on reparle d'un ancien plan de paix proposé par le roi d'Arabie Saoudite en 2002. Les Etats arabes sont prêts à faire la paix avec Israël à condition que celui-ci se retire que la ligne verte, la frontière d'avant la guerre de 1967. C'est reprendre la proposition de Yasser Arafat de 1988 qu'Israël n'a jamais voulu prendre en considération. Vingt ans après, ce plan a-t-il encore un sens ? Cela devrait commencer par l'évacuation des territoires occupés en 1967 et par conséquent le démantèlement des colonies de Cisjordanie (environ 500.000 habitants). Mais ce qui aurait pu être accepté il y a vingt ans par les Palestiniens est-il encore acceptable aujourd'hui, on n'y parle pas du retour des réfugiés. Mahmoud Abbas, qui semble n'avoir rien compris, ouvre aujourd'hui une grande opération publicitaire, faire connaître, par des placards de publicité dans la presse israélienne, le plan saoudien ; comme si la négociation était une affaire de publicité. Peut-être un processus de plus !

 

Depuis qu'il a été élu président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas a joué les compromis avec les Israéliens, s'imaginant que cela lui permettrait de gagner quelques avantages pour les Palestiniens. Jusqu'à aujourd'hui, il n'a rien obtenu et ne semble pas avoir compris qu'un compromis n'est acceptable que s'il rapporte aux deux parties. Les Israéliens n'ont rien cédé et continuent à grignoter le terrain par l'extension des colonies. Dans ces conditions que signifie un plan de paix, que signifient même des négociations ?

Il faut alors comprendre que ce qui pose problème, c'est le projet sioniste de faire de la terre palestinienne un Etat juif, purement juif. Tant que l'idéologie sioniste marquera la politique israélienne, il n'y aura pas de paix autre que celle proposée par le sionisme, c'est-à-dire l'acceptation par les Palestiniens d'abandonner leur terre. C'est l'idéologie sioniste qui constitue l'obstacle à la paix, qui s'oppose à la possibilité pour tous les habitants de la terre palestinienne de vivre ensemble à égalité. 

 

remarque sur les colons

 

Aujourd'hui se développent des tensions entre l'armée israélienne et les colons comme on peut le voir à Hébron. Comme cela s'est passé au moment du retrait de Gaza, l'intervention de l'armée israélienne contre les colons permet de faire illusion. La contestation des colons contre la politique du gouvernement israélien laisse entendre que le gouvernement s'oppose aux opposants à la paix. Qu'en est-il ? La colonisation est une politique d'Etat et s'il y a des débordements, ceux-ci sont la conséquence d'une politique. La colonisation participe de la conquête du territoire palestinien et de la volonté de faire partir le maximum de Palestiniens. Les colons ne sont que les soldats de cette conquête et si des conflits éclatent entre les colons et l'armée ces conflits ne remettent pas en cause la politique générale. La question reste, pour l'Etat, de garder le contrôle se sa politique et, si cela est utile, de montrer une belle image de partisan de la paix comme a su le faire Sharon avec le retrait de Gaza.

Autre point, ces conflits permettent de renvoyer la responsabilité de la violence contre les Palestiniens à ceux que l'on appelle les extrémistes religieux. En fait il s'agit plus de l'instrumentalisation du religieux par le politique que de soumission de la politique au religieux. Cette instrumentalisation du religieux occulte le fait que les colons ne sont pas tous des extrémistes religieux, loin s'en faut. Pour développer la colonisation, les divers gouvernements israéliens ont donné des facilités d'installation dans les colonies, en particulier aux immigrants juifs arrivant en Israël. Mais il est bon, pour des raisons d'image, de rejeter la violence sur ceux qui n'ont fait que suivre la politique de l'Etat, ce qui a conduit à  distinguer, parmi les colonies, celles qui sont légales parce que sous la direction du gouvernement et celle qui sont illégales parce qu'elles viendraient de la seule initiative des colons ; une façon d'occulter la caractère illégal de la colonisation d'Etat au regard du droit international.

 

Rudolf Bkouche

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